Le 24 février 2025 avec la parution d’un timbre, la Poste Française rendra hommage à Lucie Randouin (1885-1960). Elle fut une biologiste et hygiéniste française dont les travaux ont profondément marqué le domaine de la nutrition et de la santé publique au XXᵉ siècle. Première femme à enseigner à la faculté de médecine de Paris et à être admise comme membre libre à l’Académie nationale de médecine, elle a consacré sa carrière à l’étude des vitamines et à la promotion d’une alimentation équilibrée.
Née le 11 mai 1885 à Bœurs-en-Othe, dans l’Yonne, Lucie Fandard est la fille d’Arthur Fandard et d’Estelle Gauvin. En 1892, la famille s’installe à Passy, où ses parents ouvrent une librairie. Après le décès de ses parents pendant ses études, Lucie doit subvenir à ses besoins tout en poursuivant sa formation. Elle obtient une licence ès sciences en 1908, puis un diplôme d’études supérieures en 1909 à l’université de la Sorbonne. Malgré les restrictions de l’époque réservant l’agrégation aux hommes, elle est admise en tant qu’auditrice libre à l’École normale supérieure de Paris et devient, en 1911, la deuxième femme agrégée de sciences naturelles, après Marie Robert. Elle entreprend ensuite une thèse sur le « Sucre libre et sucre protéidique du sang », qu’elle soutient avec succès le 14 mai 1918 sous la direction d’Albert Dastre.
De 1919 à 1922, Lucie Randoin travaille au Laboratoire de physiologie de l’Institut océanographique de Paris, dirigé par Paul Portier. Elle devient ensuite directrice du laboratoire de physiologie du Centre de recherches sur l’alimentation, dépendant du ministère de l’Agriculture, poste qu’elle occupe de 1922 à 1953. Parallèlement, elle dirige le laboratoire de physiologie de la nutrition à l’Institut national agronomique et, à partir de 1930, celui de l’École pratique des hautes études.Ses recherches se concentrent principalement sur les vitamines et leur rôle essentiel dans l’alimentation quotidienne. Elle contribue à établir des règles d’équilibre alimentaire et souligne l’importance d’une alimentation complète pour la santé physique et morale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, face aux restrictions alimentaires, elle s’investit dans la diffusion de conseils nutritionnels adaptés, donnant des conférences, parfois clandestines, en zones occupées et libres. Elle conserve également des sérums et vaccins de l’Institut Pasteur dans les sous-sols de l’Institut d’hygiène militaire pour les mettre à disposition de la Résistance. Son laboratoire héberge temporairement des résistants, dont un prisonnier évadé, un membre du Comité directeur de l’Organisation civile et militaire (OCM), une traductrice-bibliographe d’origine russe et de confession juive, ainsi que des jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire (STO).
Lucie Randoin est l’auteure de près de 500 publications scientifiques entre 1910 et 1957, incluant des notes à l’Académie des sciences, des communications à la Société de biologie et à la Société de chimie biologique, ainsi que plusieurs ouvrages de référence tels que « Les données et les inconnues du problème alimentaire » (1927) et « L’alimentation et la vie » (1941). Elle participe également à de nombreuses émissions radiophoniques et télévisées pour sensibiliser le grand public aux enjeux de la nutrition. En 1956, elle organise et anime une série d’émissions intitulée « Tribune de la Santé », diffusée pendant trois mois avec un large succès.
Tout au long de sa carrière, Lucie Randoin occupe des postes influents dans diverses institutions scientifiques. Elle est membre titulaire de la Société de biologie dès 1931 et préside la Société de chimie biologique en 1944. En 1946, elle est élue membre libre de l’Académie nationale de médecine, succédant ainsi à Marie Curie. Elle fonde également, avec Jean Trémolières, l’Institut supérieur de l’alimentation et l’École nationale de diététique en 1951, où elle assure une partie des enseignements. Ses contributions lui valent de nombreuses distinctions, dont celle de commandeur de la Légion d’honneur en 1958.
Après son décès le 13 septembre 1960 à Paris, l’héritage de Lucie Randoin continue d’influencer le domaine de la nutrition et de la santé publique. Un prix portant son nom est attribué chaque année lors des Journées nationales de diététique et de nutrition. En 2025, un timbre-poste à son effigie est émis, célébrant le 140ᵉ anniversaire de sa naissance. Ce timbre est présenté lors de l’Exposition universelle d’Osaka, mettant en lumière ses contributions scientifiques et son engagement durant la Seconde Guerre mondiale.
Lucie Randoin demeure une figure emblématique dont les travaux ont jeté les bases de la nutrition moderne, soulignant l’importance d’une alimentation équilibrée pour le bien-être individuel et collectif.